Je ne savais pas encore qu’elle allait devenir une voix. Ma voix. Encore moins un refuge. Je ne savais pas qu’elle allait me permettre de dire ce que je n’osais plus dire frontalement. Sans me cacher derrière elle. Mais de lui faire confiance. Devenir quelqu’un d’autre, c’est parfois la seule façon de préserver sa sensibilité sans la trahir.
De l’art d’aimer
Le couple, aujourd’hui, n’est plus un refuge. C’est une épreuve. On attend de l’autre qu’il nous guérisse sans nous fatiguer. Qu’il nous stimule sans nous envahir. Qu’il nous aime sans jamais peser. Personne ne veut être un poids. Alors tout le monde flotte.
L’Éducation, ya r’bbek!
Après, on fait les surpris. On joue les vierges offensées quand, en première ligne, un public animalisé balance des bouteilles, des briquets, un grattoir — un putain de grattoir — sur le terrain. On fait semblant de ne pas comprendre pourquoi personne ne respecte un numéro de siège, pourquoi les gradins finissent ensevelis sous les détritus alors que les poubelles attendent poliment à la sortie. On ne comprend pas pourquoi ça fume dans la nuque du voisin, pourquoi ça hurle, ça tape, ça dégénère.
Less is More
Un jour, les millenials ont regardé leurs lofts couleur saumon, leurs tapis poilus, leurs bibliothèques bondées, et ils ont dit : “Assez.” Ils ont mis le kitsch dehors. Ils ont repeint leurs vies en blanc cassé, béton ciré, plantes tristes qui ne meurent jamais. Le minimalisme est devenu une esthétique, une tendance, puis une discipline martiale.
Ah, les hommes
Sous les muscles dressés et les privilèges tacites, les hommes tremblent aussi. Ils ne savent juste pas comment le dire.
Consentir
Je veux pouvoir dire oui à l’instant et non à la minute suivante. Je veux pouvoir être celle qui désire, qui embrasse, qui recule, qui rit, qui s’arrête. Je veux être ligotée comme Dakota Johnson dans Fifty Shades, et garder le droit de dire stop au milieu d’un souffle. Je veux le chaos du corps, pas sa paperasse.
Le temps d’une soirée ou de cinquante ans
Le Maroc est une île, écrivait Laâbi. Et ce soir-là, je l’ai senti. Une île entourée de slogans, d’écrans, de certitudes. On croit s’ouvrir au monde, mais on tourne en rond dans la même lumière rouge et verte. Entre deux verres et deux rires, j’ai compris : l’insularité, c’est aussi ce sentiment d’être seul au milieu de la foule.
Ce que les grand-mères disent
Je ne sais pas… j’ai pensé à toutes les femmes marocaines que j’ai connues. Celles qui ont pardonné le pire sans rien dire. Celles qui ont baissé les yeux — par soumission, ou peut-être parce qu’elles savaient qu’il n’y a rien à gagner dans la haine. Celles qui ont aimé sans gloire, travaillé sans récompense, gardé la maison debout pendant que les hommes vadrouillaient dehors.
Devenir femme
C’est drôle, d’ailleurs, ce mot : femme. Il s’écrit comme un souffle monosyllabique, mais il pèse comme une pierre. Quand je le prononce, j’ai l’impression d’appartenir à une secte secrète, millénaire, un peu démodée.
Quid du politique?
En Francais comme en arabe, le mot « politique » est androgyne, polysémique, presque suspect. Le Littré en compte huit définitions différentes, huit façons de dire le même accablement. Les Anglais, eux encore, ont eu la décence d’y mettre un peu d’ordre...


